Ce n’est pas une saute d’humeur
Dans le langage courant, « bipolaire » est devenu un mot passe-partout pour dire qu’on change d’avis ou qu’on est de mauvaise humeur. C’est un contresens, et il fait du tort.
Le trouble bipolaire n’est pas une humeur qui varie dans la journée : ce sont des phases qui durent des jours, des semaines, parfois des mois, et qui transforment profondément l’énergie, le sommeil, la pensée et le jugement.
Les deux versants
Le versant dépressif ressemble à une dépression : tout s’éteint, le corps pèse, plus rien n’a de goût.
Le versant opposé — manie ou hypomanie selon l’intensité — est moins connu et souvent mal repéré. L’énergie déborde, le sommeil devient inutile, les idées défilent, tout paraît possible. De l’extérieur, ça peut passer pour une bonne période, voire une réussite. C’est pourtant là que se prennent les décisions les plus coûteuses : dépenses, ruptures, projets démesurés, prises de risque.
Un diagnostic souvent long
Il s’écoule fréquemment des années entre les premiers signes et le diagnostic. La raison est simple : on consulte quand on va mal, donc en phase dépressive — et le diagnostic posé est alors celui d’une dépression. Les phases hautes, elles, n’amènent personne chez le médecin : on s’y sent bien.
D’où l’importance de raconter l’histoire complète, y compris les périodes où tout allait « trop bien ». C’est souvent l’entourage qui apporte cette pièce manquante.
Vivre avec : la stabilisation
Le trouble bipolaire se stabilise. Le traitement, suivi dans la durée, en est le socle — c’est aussi pour cela que l’arrêter dès qu’on va mieux est un piège classique. Autour, trois appuis font la différence : un sommeil régulier (le manque de sommeil est un déclencheur majeur), un rythme de vie stable, et la connaissance de ses propres signaux d’alerte.
Beaucoup de personnes concernées travaillent, créent, mènent une vie pleine. Le trouble ne définit pas ce qu’elles valent.
Repérer ses signaux d’alerte
Chacun a les siens : dormir moins sans être fatigué, parler plus vite, multiplier les projets, ou à l’inverse annuler ses rendez-vous et fuir le téléphone. Les identifier — souvent avec un soignant, un pair-aidant ou un proche — permet d’agir tôt, avant que la phase ne s’installe. C’est ce qu’on appelle reprendre du pouvoir d’agir sur sa propre santé.
🜚 Moryotis — Nicolas Bottin